Projet de loi El Khomri : Les nouveautés du texte post 49-3
par
Aurélie Seigne
photo © Denis Allard/Réa

Le recours au 49-3 pour faire adopter le projet de
loi Travail n’a pas empêché le gouvernement d’intégrer de nouveaux
amendements dont certains étaient des points clés pour la CFDT.
Considérablement écourté à l’Assemblée, « le temps du Parlement »
n’en a pas moins apporté de nouvelles modifications au projet de loi
Travail. Avant d’engager sa responsabilité par le biais du 49-3 sur le
projet de loi « visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles
protections pour les entreprises et les actifs », le gouvernement a
intégré 469 amendements (gouvernementaux comme parlementaires) à la version du texte sortie de la commission des affaires sociales.
Des points clés pour la CFDT
Si Laurent Berger a estimé que « le 49-3 n’est pas une bonne méthode »,
il a préféré s’attacher au contenu du texte adopté du fait du rejet de
la motion de censure déposée par l’opposition (Les Républicains et
l’UDI). La CFDT, qui n’a cessé de peser pour améliorer le projet de loi,
entendait à la fois obtenir de nouvelles avancées lors de cette étape
parlementaire et veiller à ce qu’il n’y ait pas de reculs sur celles
obtenues lors de la concertation avant l’adoption du texte en Conseil
des ministres et par les amendements adoptés en commission des affaires
sociales. Elle avait ainsi fait du maintien du mandatement dans les
entreprises privées de représentation syndicale une priorité, tout comme
la nécessité de graver dans le marbre de la loi la généralisation de
l’accord majoritaire dans les entreprises. Elle continuait par ailleurs
de revendiquer l’extension du périmètre d’appréciation des critères en
cas de licenciement économique à l’ensemble de l’entreprise ou du
groupe et l’élargissement du compte personnel d’activité aux 43 000
salariés des chambres consulaires.
Sur ces différents points, force est de constater que la CFDT a obtenu gain de cause.
Sur ces différents points, force est de constater que la CFDT a obtenu gain de cause.
La « surtaxation des CDD » renvoyée à la négociation Annoncée par le gouvernement comme l’une des mesures phares de la lutte contre la précarité, la « surtaxation des CDD » n’a finalement pas été retenue dans le projet de loi adopté à l’Assemblée nationale. La mesure avait suscité l’ire des organisations patronales Medef et CGPME, alors que la négociation sur l’assurance-chômage est en cours. « La surtaxation des CDD est renvoyée à la négociation assurance-chômage qui est le bon lieu pour le traiter », a sobrement commenté Laurent Berger. Et le secrétaire général de rappeler la proposition de la CFDT mise sur la table de la négociation, qui consiste en une cotisation dégressive en fonction de la durée du contrat de travail, afin d’inciter les employeurs à des comportements plus vertueux. |
C’est
le cas sur le licenciement économique. Le gouvernement a ainsi repris à
son compte l’amendement du rapporteur Christophe Sirugue visant à « supprimer
la limitation au seul territoire national, introduite par le projet de
loi, du périmètre pris en compte pour apprécier les difficultés
économiques d’une entreprise relevant d’un groupe ». Comme le
prévoit la jurisprudence actuelle, les difficultés économiques et la
nécessité d’assurer la sauvegarde de la compétitivité d’une entreprise
seront appréciées au niveau de l’entreprise ou, si l’entreprise
appartient à un groupe, au niveau du secteur d’activité commun aux
entreprises du groupe, quel que soit leur lieu d’implantation.
Généralisation au 1er septembre 2019
En ce qui concerne les accords majoritaires,
le gouvernement a rétabli leur généralisation pour la validation des
accords d’entreprise (avec une majorité d’engagement à 50 % ou par
consultation des salariés à la demande de syndicats représentant 30 %
des suffrages) au plus tard au 1er septembre 2019, comme
l’escomptait la CFDT. La commission des affaires sociales avait soumis
cette généralisation à une évaluation préalable par le Parlement. Les
nouvelles règles de validité des accords collectifs s’appliqueront dès
la publication de la loi pour les accords de préservation ou de
développement de l’emploi.
Les
salariés licenciés pour cause de refus d’application de tels accords à
leur contrat de travail bénéficieront de mesures d’accompagnement
proches du contrat de sécurisation professionnelle. Le texte prévoit par
ailleurs que l’accord peut prévoir les conditions dans lesquelles les
dirigeants salariés et les actionnaires fournissent des efforts
proportionnés à ceux demandés aux autres salariés. Enfin, un bilan de
l’application de l’accord est effectué chaque année par ses signataires.
Le gouvernement a par ailleurs repris l’amendement du rapporteur Christophe Sirugue qui confère un rôle de « sentinelle »
aux branches : « les commissions paritaires de branche [créées à
l’article 13 du projet de loi] dressent chaque année un bilan de
l’activité conventionnelle des entreprises de leur secteur dans les
domaines concernés » – durée du travail, repos, congés.
Le CPA encore élargi
La CFDT a également obtenu gain de cause en ce qui concerne l’élargissement du compte personnel d’activité
aux 43 000 salariés des chambres consulaires. Quant aux retraités, qui
s’étaient vu ouvrir l’accès du CPA par la commission des affaires
sociales, ils n’auront finalement accès qu’au compte d’engagement
citoyen créé au sein du CPA, mais pas au compte personnel de formation,
destiné à sécuriser les parcours professionnels des actifs. Enfin, les
salariés sans qualification verront leur CPF abondé de 48 heures par an
(et non 40 comme initialement annoncé par le gouvernement) au lieu de 24
heures actuellement. Autre avancée pour les 350 000 salariés des
réseaux de franchise, la mise en place de représentants du personnel et
d’une instance de dialogue social, dès lors que le réseau emploie plus
de 50 salariés, avec possibilité de mettre en place des activités
sociales et culturelles et de négocier et conclure des accords.
« Au
final, ce qui m’intéresse comme syndicaliste, c’est la situation des
salariés et le projet de loi en l’état comporte des avancées pour eux », a commenté Laurent Berger. Et le secrétaire général de la CFDT de regretter que le débat public se concentre sur « les jeux de postures » autour d’un projet de loi qui « cristallise les ressentiments et les clivages » plutôt que sur le contenu du texte, empêchant ce faisant de « mener les bons débats ».
Le
texte va maintenant poursuivre son parcours législatif. La commission
des affaires sociales du Sénat auditionnera la ministre Myriam El Khomri
le 17 mai puis les organisations syndicales le 18, avant d’entamer
l’examen du texte le 1er juin. Et ce n’est que le 14 juin que
les sénateurs débattront en séance publique du projet de loi. Le
« temps du Parlement » se poursuit.
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